L'amertume ,en soi, ne me parait pas être un défaut, c'est son excès qui le devient.Les vins rouges de Bordeaux, de construction classique, ont presque toujours un peu d'amertume en finale. Lier cette sensation d'amertume à la minéralité, dans certains vins, c'est effectivement, un axe de réflexion, il me semble que ce soit le cas dans des vins blancs du Rhône Nord ( Hermitage, par exemple ). Maintenant , vous n'êtes pas sans savoir, que la notion de minéralité, qui m'est chère, et à d'autres amateurs sur ce site, est mise en doute par des dégustateurs amateurs ou professionnels.
"la notion de minéralité, qui m'est chère, et à d'autres amateurs sur ce site, est mise en doute par des dégustateurs amateurs ou professionnels."
Losrque l'on me demande si je crois possible de définir la minéralité du vin, la réponse qui me vient immédiatement à l'esprit, en raison de sa simplicité, est celle analogique de la minéralité aqueuse...
Tentez de boire une eau déminéralisée! et comparez-la à d'autres eaux minérales ....
Donnez à boire (à l'aveugle) Hépar, Evian, Volvic, St Amand, Contrex... et goûtez les différences...
Maintenant il me paraît évident que les arguments des dégustateurs pré-cités valent le mien...
Mais j'aimerais les entendre...
Ce que je concède, c'est la difficulté à en déterminer un goût ou un toucher. Je peux être d'accord avec l'idée que le silex, la pierre à fusil, le graphite, etc. sont des constituants odorants de structure chimique moléculaire au même titre que n'importe quel autre arôme.
Quant au toucher, l'acidité, la tannicité (rappelons que le tanin est une fibre végétale qui peut apporter de l'amertume...), le gras peuvent suffire à ne pas penser même lors de pression ou tension buccale à la minéralité.
Mais...
Je pense la minéralité comme une composante complexe qui soumise à des interactions endogènes (arômes, matières, densité) définissent des particularismes de toucher et de saveurs...synergiques et non isolément définissables. Tant que l'on sera à la recherche de la composante fractale de la minéralité, réduite, (l'ère de la nanotechnologie!), j'imagine que l'on ne saura la trouver. Si l'on accède à l'idée d'un tout complexe, à une ... alchimie minérale... je crois un consensus pour la boire dans les Muscadet de Landron, dans ceux de Bossard, dans Château Grillet... etc. Pour ne citer que ces évidences..
"Cette composante sol, je dirais même, plutôt sous-sol me parait être un apport très important dans la définition des caractères spécifiques d'un vin.
les vieilles vignes, avec un système racinaire profond ( on connait des racines descendant jusqu'à 60 m de profondeur ) vont ,si l'on a pris soin de sectionner les racines superficielles, puiser leurs réserves en eau et en nourriture (faible ) dans les formations géologiques aux lithologies variées selon les régions, et parfois au sein d'un même domaine ( encore un autre argument en faveur de la sélection parcellaire ) .
Les sels minéraux contenus dans l'eau auront une constitution chimique variable en fonction de la nature des terrains traversés et de leur solubilité.
Je pense que la constitution du sous-sol va influencer la structure et les arômes du vin, et ajouter de la complexité aux arômes variétaux.
D'ailleurs , ne lisons-nous pas, dans des comptes-rendus la description de notes de craie, de silex, ou minérales etc...?
Lors de dégustations , j'ai été étonné par la façon dont certains sous-sol signait le vin : notes de fer dans certains millésimes de Grand Corbin Despagne, dans quelques Saint Emilion du secteur de Saint Sulpice de Faleyrens,et des vins à la frontière de Pomerol et Saint Emilion,à des endroits oû la crasse de fer (alios ) est très développée.
La structure ( à mon avis marqués par la silice ) des cuvées Orthogneiss et Granite de Guy Bossard sur les terrains éponymes m'impressionnent aussi."
J'ajouterai, les signatures minérales dans les vins de la colline de l'Hermitage, entre autres.
C'est un sujet qui me touche.
C'est aujourd'hui ce que je recherche dans un vin.Quand il me semble percevoir de la minéralité,je suis satisfait.
Je crois qu'Emile Peynaud disait qu'un vin devait avoir avoir le gout de raisin plus que le raisin lui-meme.Je recherche d'autres sensations,ce que la plupart d'entre nous appelons "minéralité".
Ce sujet a de multiples fois été abordé sur d'autres sites d'amateurs.je me souviens de Bertrand Le Guern,qui semblait nier son existence,ou du moins il ne la comprenait pas.Il n'avait pas tord car rien n'a été prouvé sur le plan scientifique.Qu'est-ce qui peut faire penser au minéral dans la dégustation d'un vin ?Ce que nous nommons "minéral",d'où vient-il ? du Sol ? tout reste à prouver.
Entre la construction cérébrale d'une sensation et son origine...que de chemins tortueux!
La première des choses,à mon avis,dans la construction de ce concept,est liée au Terroir.cette sensation de sucer du caillou a de nombreuses fois été évoquée et partagée par les amateurs.
La deuxième chose est qu'elle se manifeste parfois au nez par des aromes évoquant la pierre,le silex,mais surtout en bouche et notamment en milieu et fin de bouche.C'est souvent la signature d'un grand terroir.Celui qui a gouté un cru de Montrachet comprendra ce que je tente de dire:la finale est exemplaire,en queue de paon là où s'exprime ses sensations minérales.C'est aussi le cas sur d'autres sols calcaires comme à Sancerre où les finales se ressentent aussi de la meme façon.
La troisième chose est celle d'un aspect plutot agréable.Jamais quelqu'un qui parle de minéralité sera déçu.Ce n'est pas le cas du sucre,de l'alcool,de l'acidité et ou de l'amertume.Elle ne participe pas à l'équilibre du vin mais elle en devient une composante intéressante pour celui qui la recherche.Elle a donc une connotation positive.
Voilà modestement quelques idées pour alimenter le débat.
Laurent Saura


