Cet été, dans la torpeur estivale ambiante, les négociants voient soudain affluer des milliers de commandes simultanées provenant toutes de Chine (et de Hong-Kong). Les demandes portent curieusement sur deux uniques références: Lafite, Carruades et dans une moindre mesure, Duhart-Milon. Ceci dans n'importe quel millésime ! Rapidement, les prix des bouteilles estampillées aux armes des Rothschild crèvent le plafond et les chais des négociants s'assèchent en quelques jours!
Depuis lundi, dans une lubie collective à nouveau teintée de jaune, des milliers de correspondants en Chine achètent, tous comme un seul homme, les 2ème vins des 1er Grands Crus Classés. Déjà étonnant, mais le plus curieux est que leur recherche porte quasi exclusivement sur le millésime 2007 rouge, dont la réputation ne casse pourtant pas trois pattes à un canard!
Pour illustrer mes propos, en trois jours, le prix négoce du Petit-Cheval 2007 – 0.75L est passé de 59€ / bt à 65€, puis rapidement à 85€. Se retrouvant complètement à sec, les négociants se retournent alors au Château qui, pas folle la guêpe, leur consent, au compte goûte, quelques caisses au prix négoce indécent de 90€ / bt! A l'heure où je vous écris, la bouteille s'échangerait maintenant sur le marché négoce à plus de 100€ la bouteille! Près de 80% d'appréciation en moins d'une semaine.. cherchez l'erreur!
Faites maintenant un copier/coller sur Pavillon Rouge, Petit-Mouton et autres Forts de Latour.. et voilà où nous en sommes en ce moment.
Cet épisode frénétique appelle de nombreuses questions.. et bien peu de réponses à ce stade de réflexion.
Quelle est cette force mystérieuse qui pousse, en même temps, des milliers de professionnels en Chine, à se ruer sur les mêmes références bordelaises? Quel est leur intérêt à manipuler ainsi et à dérégler le marché de la sorte? Quelles seraient leurs intentions réelles avec ces milliers de bouteilles à l'intérêt qualitatif plus que relatif? Risquent-elles finalement d’alimenter un marché de la contrefaçon en plein boum (1) ?
Si un lecteur chinois et averti pouvait nous livrer un début de piste..
(1) il est permis d'imaginer qu'une utilisation frauduleuse du contenant serait économiquement plus rentable que la vente du contenu..