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Millésime 2009, déjà mythique par Jacques Dupont

Messagepar Jean-Pierre NIEUDAN » Dim 9 Mai 2010 09:57

Primeurs. 2009 offre le pedigree des très grands bordeaux : 1947, 1929, 1893.

Un été en pente douce. Vraiment. Où rien n'a manqué. Surtout pas le soleil : ni trop comme en 2003, ni trop peu comme en 2007. Juste ce qu'il faut, exactement. Pourtant, l'année avait commencé très ordinaire. Très froide et pluvieuse l'hiver, guère plus chaude, et humide, au printemps. La végétation boudait, la vigne hésitait à sortir ses bourgeons, de peur qu'un vilain gel de dernière minute, une réplique de l'hiver, ne vienne les lui griller. Puis ce fut plus aimable. « Mai a été quasi estival. La vigne a comblé son retard et très vite est arrivé un temps assez idéal. Avec des alternances entre pluie et soleil, comme un jardinier qui mettait un coup d'arrosage... » raconte Frédéric Faye, chef de culture de Château Figeac.

Le premier signe d'un futur très bon millésime est apparu au moment de la fleur. C'est une étape déterminante. Si elle est rapide, alors les raisins s'aligneront comme à la parade. Ils grandiront au même rythme et mûriront tous ensemble. Si le temps est maussade, la floraison dure trop longtemps. Non seulement la fécondation n'est pas parfaite et la quantité n'y sera pas, mais, en plus, au moment des vendanges, on va retrouver sur une même vigne des raisins verts, roses ou noirs. En 2009, « ce qui a fait la qualité du millésime, c'est la floraison très homogène, en un week-end tout était en fleur » , raconte Pierre-Olivier Clouet, de Château Cheval-Blanc.

En juin, pas de chagrin non plus. Ceux qui ont été épargnés par les violents orages de grêle de la mi-mai qui ont ravagé le plateau de Cantenac, en appellation margaux, ainsi qu'une partie de celle de saint-émilion, se réjouissent. D'autant que la suite est tout aussi prometteuse.

Après une floraison homogène, il est nécessaire, toujours dans l'optique du bon millésime, que la vigne souffre un peu - mais pas trop - de la sécheresse en juillet. Ainsi, la partie végétale se met en veille et c'est le fruit qui prend le relais. On appelle cela le stress hydrique. Il doit s'installer en juillet et permettre dans de bonnes conditions le passage des raisins du vert au rouge (doré pour les blancs). Plus c'est tôt dans la saison, plus cette opération, la véraison, est homogène et plus c'est profitable pour la qualité du millésime. Dans le Médoc, pas de problème : « Nous avons été en déficit hydrique depuis le 15 juillet, et sans pluie jusqu'au 15 octobre » , commente Frédéric Bonnaffous, de Château Belgrave, cru classé du Haut-Médoc. Les stations météo installées dans le Médoc à Margaux, Ludon, Pauillac et Saint-Estèphe témoignent de cette absence de précipitations. Ailleurs, sur la rive droite de la Gironde, en Saint-Emilionnais, les passages pluvieux enregistrés ont perturbé légèrement la mise en place de ce stress hydrique.

Le danger alors pouvait être qu'une absence de pluie provoque l'arrêt de la maturation du raisin pour cause de sécheresse. En Saint-Emilionnais comme à Pomerol, dans les graves ou en entre-deux-mers, on l'a vu, les quelques orages pluvieux ont remédié à cet inconvénient.

Et dans le Médoc ? « On craignait que ça fasse comme en 2003, mais la vigne a absorbé cette climatologie. Sans doute grâce au froid nocturne d'août. Le matin, souvenez-vous, on supportait un petit pull. Ce sont ces nuits fraîches qui ont construit la qualité du millésime » , dit encore Frédéric Bonnaffous. Après, il ne restait plus qu'à attendre les vendanges en espérant que le beau temps perdure. Du moins, en apparence. Le raisin ne se résume pas à des courbes, des relevés et des statistiques. Deux grands cépages s'affrontent ou plutôt se complètent à Bordeaux. Le cabernet-sauvignon, timide, boudeur, tardif, un peu protestant nordiste ; le merlot, enjoué, exubérant, précoce, festif, davantage catholique sudiste, pour continuer dans la métaphore climatico-religieuse généralisante.

On pourrait aussi utiliser La Fontaine, son lièvre et sa tortue. Le cabernet tortue a démarré lentement, a mûri calmement, profitant au maximum du soleil, des nuits fraîches et des rares épisodes pluvieux. Le lièvre merlot s'est lancé tôt, ventre à terre, s'est heurté au stress hydrique, s'est essoufflé et sa fin de course fut davantage problématique. « Les sucres ont été mûrs très vite, mais pas les polyphénols, et la pluie de septembre n'y a rien changé pour les merlots, alors qu'elle a été bénéfique pour les cabernets » , raconte Philippe Delfaut, de Château Kirwan, à Margaux. En clair, le sucre, c'est-à-dire le taux d'alcool potentiel, n'a cessé de grimper, tandis que les tanins, eux, mûrissaient lentement. Un décalage entre les deux courbes que Bordeaux a déjà connu par le passé. En 1975, par exemple. Mais, à l'époque, les capacités de mesure étaient moins perfectionnées. Quand les sucres ont été au top, on a rentré la vendange, sans s'apercevoir que les tanins demeuraient verts. Résultat : des vins qui n'ont jamais vraiment connu la plénitude. « Il faut les attendre », disait-on dans les chais. On les attend encore !

Quand vendanger ? Les relevés dans les vignes indiquaient des taux d'alcool potentiels sur les merlots dépassant les 14° dès la mi-septembre. « Les stratégies de vendanges rouges ont beaucoup varié d'un cru à l'autre, tant certains vinificateurs sont convaincus de la supériorité gustative des vins issus des vendanges le plus tardives possible, alors que d'autres tiennent pour optimale une date au-delà de laquelle la fraîcheur, l'éclat aromatique et l'aptitude à un vieillissement typiquement bordelais sont compromis » , remarque dans sa note de synthèse la faculté d'oenologie de Bordeaux.

« Il y avait ces degrés qui nous faisaient un peu peur et on s'est davantage basés sur la fraîcheur aromatique et la qualité des tanins que sur l'alcool » , commente Mickaël Obert, de Gazin, à Pomerol. Nicolas Pejoux, de Rauzan-Gassies, ajoute : « En 2009, il fallait ramasser les merlots juste au bon moment, avant qu'ils soient fanés. C'était le piège dans lequel il ne fallait pas tomber. On pouvait facilement avoir des degrés élevés et perdre tout le fruit du merlot. Les cabernets, eux, pouvaient se faire attendre. » C'est sans doute là que, dans chaque château, la qualité s'est jouée. Ceux qui ont ramassé au bon moment disposent de vins très riches mais frais, friands, d'une grande « buvabilité », comme disent les sommeliers. Ceux qui, croyant mieux faire, ont trop attendu proposent des rouges lourds, trop puissants et dont on ne voit pas l'avenir en rose (si l'on peut dire). Après, pour les vinifications, tout le monde ou presque se range à l'avis de Charles Chevallier, patron de Lafite-Rothschild : « Ce sont des millésimes où la matière se lâche très vite, il faut savoir être feignant dans la vie. Pourquoi faire ce que la nature fait toute seule ? »

Reste la question qui fera débat pendant quelques décennies : 2009 est-il inférieur, égal ou supérieur au millésime 2005, dont nous avions écrit ici qu'il était peut-être le plus grand jamais réalisé à Bordeaux ? Voici ce que dit la faculté dans sa note déjà citée : « Alors, 2009 serait-il, comme 2005, un millésime parfait ? Difficile de répondre aujourd'hui. Sur beaucoup de terroirs sûrement, mais probablement pas partout, pour deux raisons. D'une part, l'arrêt de croissance de la vigne avant la véraison fut moins franc et général qu'en 2005 ; d'autre part, dans certaines situations, la vigne a pu souffrir de la sécheresse en août au point que la maturation en soit affectée. » Une appréciation technique et prudente.

Au risque de se tromper, on peut tenter une réponse plus engagée. Certains vins de 2009 devraient dépasser ceux de 2005 : plus d'exubérance, de douceur, de folie. « Il monte davantage dans les tours ! » dit Frédéric Engerer, pilote confirmé de Latour. Mais ces vins-là, qui auront capté le soleil sans rompre l'équilibre, ne seront pas la majorité. En termes de qualité générale de l'ensemble des vins, d'homogénéité, la vendange 2005 reste exceptionnelle.

Une comparaison sera toutefois intéressante à réaliser plus tard, quand les vins seront en bouteille. Celle des liquoreux : sauternes, barsacs et compagnie. Deux immenses millésimes, récoltés dans des conditions fort différentes avec cependant un point commun : 2005 et 2009 seront de grande garde, mais peuvent aussi se goûter dès à présent.

Qui seront les acheteurs du millésime 2009 ? Qu'il est loin, le temps où dans les Salons on se faisait peur en semblant redouter le péril jaune ! A Bordeaux, désormais, on aime tout le monde. Même les ex-bolcheviks depuis qu'ils ont troqué le couteau entre les dents pour un aimable tire-bouchon doré. Mais le grand amour du moment, c'est le trio Shanghai, Singapour, Hongkong. « Si on y ajoute les Anglais, qui font les intermédiaires, on peut dire que pour nous la Chine est devenue le premier marché » , analyse Christian Moueix, négociant à Libourne et propriétaire de plusieurs crus. La crise a rendu le Russe ramollo, l'Américain protectionniste, l'Anglais méfiant et le Japonais économe. Le Chinois est parfait. Son taux de croissance ressemble à la montée du Galibier, et sa classe aisée croît à la vitesse de la marée montante au Mont-Saint-Michel.

Un milliard trois cent soixante millions de Chinois, et moi, et moi, et moi, pensent les responsables des crus. Jamais, pendant la semaine des primeurs en avril, quand les professionnels viennent déguster le nouveau millésime, on n'avait enregistré une telle affluence : 1 400 personnes sont passées à Lafite, avec de fortes délégations chinoises. Lafite fait figure de référence chez les nouveaux riches là-bas. A tel point que certains propriétaires de crus classés, vexés ou du moins gênés, ont reçu des importateurs chinois qui leur demandaient : « Vous faites aussi du Carruades ? » - le second vin de Lafite...

Beaucoup de monde pour ce 2009 ne signifie pas forcément beaucoup d'acheteurs. La curiosité, quelque chose entre la récompense offerte aux meilleurs vendeurs, la piste d'une bonne affaire, la découverte d'un futur marché quand les choses iront mieux, un soupçon d'oenotourisme... Tout cela contribue à l'affluence. Les quelques très grandes étiquettes trouveront preneur, c'est certain. Et, à prix élevés, sans doute pas loin de ce que furent ceux du millésime 2005. Pour le reste, pour les 97 % ou 98 % de la production bordelaise, la situation est loin d'être au beau fixe, même avec ce millésime de rêve. « Le vignoble de base est en train de disparaître, je crois que 20 000 hectares vont s'arracher à court terme. Le problème de la transmission se pose » , s'alarme Stephan Von Neipperg, propriétaire de Canon-La Gaffelière. Dans les bordeaux simples, les situations sont fortement contrastées. Certains propriétaires qui travaillent la clientèle particulière, visitent foires et Salons, organisent des dégustations dans les villages et chez les cavistes, se maintiennent. D'autres semblent au bout du rouleau. « Il y a des vignes qui ne sont pas taillées cette année et je ne sais pas si elles le seront un jour » , se désole Jacques Larriaut, de Château Mousseyron, qui propose son vin à 5,50 euros en primeur.

C'est évidemment vers ces crus-là, côtes, bordeaux simples, crus bourgeois ou artisans, satellites de pomerol ou de saint-émilion, saint-émilion sans grade, qu'il faut orienter ses achats cette année. Tout change à Bordeaux, tout sauf la vérité exprimée par ce vieil adage : « En petite année achète les grands crus, car ils seront mieux faits ; en grande année achète les petits crus, car ils seront moins chers ! »

suite et fin sur : http://www.lepoint.fr/actualites-vins/2 ... 9/0/452064
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Re: Millésime 2009, déjà mythique par Jacques Dupont

Messagepar Didier » Dim 9 Mai 2010 10:01

« En petite année achète les grands crus, car ils seront mieux faits ; en grande année achète les petits crus, car ils seront moins"
C'est ce que nous disions justement sur BDE pour ce millésime qui semble à nouveau devoir être le millésime de toutes les folies ; mais attendons les prix de sortie des vedettes....
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Re: Millésime 2009, déjà mythique par Jacques Dupont

Messagepar Christian Rausis » Dim 9 Mai 2010 10:12

En petite année achète les grands crus


Ben ça dépend aussi du prix. Je n'ai pas acheté de 2007, par contre du 2008 oui et ce n'est pas vraiment une petite année !!!
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Re: Millésime 2009, déjà mythique par Jacques Dupont

Messagepar Didier » Dim 9 Mai 2010 10:19

C'est juste Christian ; j'ai fait comme toi pour le 2007. On devrait effectivement dire "En petite année, s'ils ont été raisonnables". 8-)
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Re: Millésime 2009, déjà mythique par Jacques Dupont

Messagepar Christian Rausis » Dim 9 Mai 2010 10:51

Par contre, j'ai acheté du Lirac RDB et du Châteauneuf-du-Pape de la Mordorée, du Gigondas de Saint-Cosme et du Merlot du Tessin, Sassi Grossi et San Zeno Costamagna !
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