Malgré la jeunesse de ce vignoble, certains des crus du pays de l’érable, notamment en vin de glace, ont pris de la hauteur.
Au poste de frontière du Niagara, pour les Américains qui déclarent revenir de Niagara-On-The-Lake (Canada), la question « Combien de bouteilles avez-vous ramené ? » et à laquelle ils sont tenus de répondre, est quasi-automatique. Nichée entre les lacs Erié et Ontario et bordée, au sud, par les escarpements du Niagara, cette péninsule est devenue une destination incontournable du tourisme vitivinicole, souvent jumelée avec la visite des célèbres « Chutes ».
Naissance d’un terroir
Malgré un sol peu perméable et une pluviométrie plutôt abondante, le chardonnay, merlot, pinot noir, riesling, cabernet franc, vidal… y ont trouvé un fantastique territoire d’expression. Cette région autrefois réputée pour ses vergers, a, depuis le début des années 1970, évolué vers un territoire vinicole où le vin de glace extrait du riesling, cabernet franc et surtout du vidal -le tout terrain des climats rudes- occupe la tête d’affiche.
L’allure très british Robin Fraser, du domaine Inniskillin, fondé en 1975, et aujourd’hui, enseigne phare de la péninsule, explique : « Ici, certains des cépages souffrent beaucoup du froid, mais grâce à sa peau épaisse, le vidal résiste mieux ». Apparu au XVIIIe siècle, en Allemagne, le vin de glace, s’est, selon toute vraisemblance, depuis le début des années 1980, trouvé une nouvelle terre d’élection.
Machines Ă vent contre le froid
À Niagara-On-The-Lake, 80 % des vents viennent du Nord, mais, très profondes, les eaux de l’Ontario emmagasinent beaucoup de chaleur, laquelle une fois libérée, parvient à adoucir l’air froid. Tempérée, une partie des courants d’air est renvoyée sur la péninsule par les escarpements du Niagara, limitant ainsi les risques de gel au printemps et à l’automne. Mais, il arrive, malgré tout que l’Ontario gèle. Or à – 20°, les températures sont dangereuses pour la phase allant du bourgeonnement à la véraison. Alors, en prévision des fortes chutes de températures, les viticulteurs ont installé, au milieu des vignobles des machines à vent géantes, à 30 000 $ canadiens l’unité.
Arrivées à maturité, les grappes destinées au vin de glace sont laissées sur les ceps. Mais pour les protéger des oiseaux, il faudrait les envelopper de filets. « Notre première vendange de raisin de glace devait avoir lieu en 1983, mais comme on n’avait pas mis les filets, les oiseaux ont tout mangé », poursuit Robin Fraser.
En moins de trois décennies, le savoir-faire acquis par les quatre-vingts viticulteurs du Niagara et leur collègue de la Colombie britannique est simplement impressionnant et la qualité est au rendez-vous. En 1999, au concours Vinexpo à Bordeaux Vidal Icewine d’Inniskillin a décroché la Citadelle d’Or. Par ailleurs, à bord des grandes compagnies aériennes comme American Airlines, ce même vin occupe la tête d’affiche dans l’offre du duty free, à côté de Remy Martin XO et Macallan Elegancia 12 ans d’âge…
Auteur de l'article : M. Dahmane SOUDANI
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