Travail de la vigne. Régis Léger laboure quelques parcelles avec Irène, sa jument
En Côte de Beaune ou en Côte de Nuits, quelques irréductibles labourent encore la vigne en faisant usage du cheval. Folklore ou prestige ?
L es avis sont partagés en ce qui concerne le labour de la vigne en faisant usage d'un cheval. Si certains l'emploient pour la « photo », pour d'autres c'est un moyen de préserver le sol mais surtout d'accéder là où les engins mécaniques ne le peuvent pas.
Parmi les quelques prestataires de services travaillant avec des chevaux sur différents domaines, Régis Léger employé chez Latour à Beaune est de ceux-là .
« Mon oncle m'a transmis la passion des chevaux de trait depuis mon plus jeune âge. Je possède cinq comtois ; deux poulinières, une pouliche et mes deux compagnons de labeur, Irène et Sultan », explique Régis Léger qui a acquis sa première jument, Gélinotte, il y a une quinzaine d'années.
Prestataire de services
« Depuis six ans, je propose mes services pour labourer avec mes chevaux. Je le fais sur mon temps de loisirs car je le confirme, le cheval de trait est une vraie passion et le labour de la vigne aussi », poursuit-il, la moustache conquérante.
Dix heures pour un hectare
« Nous travaillons dans le Corton-Charlemagne pour les maisons Latour et Corton-André et dans le Corton pour le domaine Méo-Camuset. Soit un hectare et demi », confie le laboureur qui suivant la configuration du terrain va mettre une dizaine d'heures en moyenne pour « toiletter » un hectare. Au cours de l'année, il va butter, décavaillonner, griffer, passer l'inter-ceps, etc., bref assumer tous les travaux du sol. « Il y a moins de tassement pour les plantes qui sont ainsi plus aérées et on peut aller dans des endroits où les tracteurs ne passent pas. Nous avons l'avantage de pouvoir tourner plus serré dans les contours et ne pas craindre les dévers en coteau. Le cheval est plus maniable », commente l'homme qui sait aussi parler aux oreilles de ses chevaux. Car mener un cheval et le dresser pour travailler dans les rangs de vigne, cela ne s'improvise pas. « Pour mes chevaux, il a fallu y aller progressivement pour aboutir à une bonne osmose entre eux et moi », lâche le meneur, heureux de travailler des parcelles renommées. « Pour le domaine c'est un prestige, une notoriété même car seuls les grands crus bénéficient de cette faveur. »
Tant pour le cheval que pour son maître, le travail de labour n'est donc pas si folklorique que cela. Après une demi-journée de labeur, chacun aspire à un repos bien mérité, le cheval pour reposer ses pattes musclées et l'homme pour atténuer les courbatures dans les poignets et les bras.
Un patrimoine
« Avant d'aller au travail, le cheval doit être préparé et reçoit toujours un " concentré ", des granulés pour le futur effort. Quand on rentre, il faut le soigner comme les autres d'ailleurs, 365 jours par an, sans oublier les contrôles vétérinaires et le ferrage tous les trois mois », explique Régis Léger qui a intégré le Club des traits de Merceuil. « Le monde du cheval de trait, qui est un véritable patrimoine, est des plus sympathiques et on peut échanger de longues heures sur notre loisir préféré. C'est comme ça que nous pouvons aussi récupérer du matériel ancien qui souvent était de qualité », conclut-il.
Le cheval a donc retrouvé une place dans ce monde viticole mécanisé à souhait. Notamment dans les domaines les plus prestigieux de Bourgogne. Pour exemple, la mythique parcelle de Romanée-Conti (1,8 ha) travaillée en biodynamie, fait usage logiquement du cheval. Un nom qui rime bien avec environnemental…
Gilles MATHIEU
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