«Depuis quatre mois, à chaque bout de rang, le vigneron a porté dans ses bras deux, quatre, dix ceps morts. Des ceps souvent de vingt ans à peine. » Alain Lalanne, président de la section viticole de la FDSEA, crie - comme tous les vignerons concernés par la maladie de l'Esca (qui détruit les bois de la vigne) -son désarroi.
« Nous avons alerté le préfet qui lui-même nous a obtenu, en fin d'année dernière, une rencontre avec le ministre de l'Agriculture Michel Barnier. Depuis, aucune nouvelle. »
Et pendant ce temps, la vigne meurt. « Le plus inacceptable, analyse le vigneron de Ramouzens, est que la maladie touche des cépages colombard et sauvignon, des pieds de 15 à 20 ans qui devraient être aujourd'hui la clé de voûte de notre dynamique commerciale. Nous avions un très bel outil. »
Jusqu'à 40 % touchés
« C'est d'autant plus navrant, se désole Alain Lalanne, que nos vins Côtes de Gascogne marchent très bien et correspondent à un marché très porteur. Si la maladie poursuit sa progression, nous ne pourrons bientôt plus répondre à la demande. » Selon le responsable viticole, certains vignobles du Condomois ou du Bas-Armagnac sont touchés jusqu'à 40 %.
« Depuis notre rencontre, Michel Barnier ne nous a pas adressé la moindre réponse à nos questions. C'est tout simplement du mépris. » La question, c'est toujours la même. Comment endiguer une maladie que seule l'arsénite de soude (interdite parce que jugée cancérigène) peut combattre efficacement ?
« Le plus scandaleux, peste le vigneron, est que cette étude a été faite dans des conditions plus que contestables. C'est le résultat de la réflexion d'un médecin qui s'ennuyait dans son bureau de l'Aveyron. Et nous, nous en payons 100 % des conséquences. »
Alors que la recherche n'a toujours pas trouvé une quelconque substitution à ce produit interdit, Alain Lalanne pointe « certaines molécules qui étaient interdites et qu'utilisaient les arboriculteurs et qui viennent d'être à nouveau autorisées ». En filigrane, l'espoir, bien maigre, alors que le Grenelle de l'environnement est dans tous les esprits, que l'arsénite puisse être recommercialisée.
Manifestation à Condom
Plus certainement, les viticulteurs gersois peuvent espérer un coup de main financier de l'État afin de réparer les dégâts de l'Esca, et en attendant les progrès scientifiques. Ces inquiétudes, les viticulteurs se proposent d'aller les rappeler ce matin (à partir de 10 heures) au sous-préfet de Condom.
Une démarche syndicale initiée par la FDSEA à laquelle se sont ralliés les viticulteurs de la Coordination rurale selon lesquels « pour l'instant, 20 % des pieds sont morts. Mais, ajoutent-ils, si la maladie ne cesse de s'étendre, à ce rythme, dans trois ans il n'y aura plus de vignoble».
Quelles que soient leurs appartenances syndicales, ce matin, les viticulteurs gersois auront le sentiment de jouer une carte importante en rappelant leur désarroi à l'État
Philippe Campa
http://www.sudouest.com