«J'avais dégusté le solaris à la station d'essais viticoles de Pully et ça a fait tilt! Je l'ai trouvé bon, sans le goût «américain» de beaucoup de cépages hybrides, et comme il est très résistant aux maladies, il ne nécessite aucun traitement», se félicite Louis-Philippe Burgat, propriétaire du domaine de Chambleau, à Colombier. En première cantonale, l'encaveur a présenté le week-end passé un blanc moelleux - L'Enfant sauvage - issu de ce nouveau raisin encore rare en Suisse.
Voilà près de 200 ans que les Européens cherchent à croiser leurs cépages avec des variétés américaines très résistantes tout en conservant leurs arômes et qualités de base. C'est ainsi qu'une hybridation, en 1975, suivie de nombreuses sélections de gènes a permis à une station viticole allemande de créer le solaris.
«Il n'y a pas de manipulation génétique», assure Louis-Philippe Burgat, qui parle même de véritable culture biologique. «L'homme ne fait qu'accélérer la diversification naturelle des cépages.»
Cette vision est partagée par la Station viticole de l'Etat, à Auvernier, où le solaris est testé à petites doses depuis sept ans. «La vigne a toujours évolué depuis sa domestication et les premières sélections de cépages, à l'ère romaine», affirme le directeur Sébastien Cartillier. «Au fil du temps, on perd un peu en tradition, mais on gagne nettement au niveau de la qualité.»
Le solaris moelleux de Chambleau a été baptisé L'Enfant sauvage», allusion à l'apparence ébouriffée de cette vigne et à l'exubérance de son moût. «Ce vin d'apéritif n'est pas du tout représentatif du vignoble neuchâtelois, on sort de la tradition et ça fait un peu peur», reconnaît Louis-Philippe Burgat. «Personne n'a pu me dire comment le cultiver et le vinifier.»
Sa première cuvée - 2008 - n'a fourni que 400 bouteilles, déjà toutes vendues à 32 francs l'unité. Cependant, ces nouvelles familles de cépages vont «peut-être révolutionner la viticulture dans nos contrées». évalue l'encaveur de Colombier. «Notre vignoble pourrait très bien être complété par des variétés plus exotiques, mais à mon avis le solaris restera un produit de niche et il n'y aura pas de révolution», réplique Sébastien Cartillier, qui mise plutôt sur une évolution du chasselas et du pinot noir. «On peut voir la sortie de L'Enfant sauvage comme un coup de marketing, mais ça ne me gêne pas. Il faut des meneurs pour mettre du piment dans notre vignoble et faire parler de lui.» /AXB
Alexandre Bardet
http://www.arcinfo.ch/journal/region/ne ... ier-1.html
Du solaris Ă l'Enfant sauvage
Origine Ainsi baptisé en hommage au soleil, le solaris est issu de l'hybridation, en 1975, du cépage allemand merzling avec un croisement contenant du «sang américain» très résistant aux maladies, comme l'oïdium ou le mildiou.
Le raisin Précoces, les grains de solaris peuvent être mangés dès le mois d'août (il faut alors les protéger des oiseaux). En septembre, ils présentent une concentration en sucre de 100 degrés œchslé (55-60 pour un chasselas).
A Auvernier . La station viticole de l'Etat tire du solaris un blanc liquoreux par cryogénisation (extraction du nectar par congélation puis décongélation du moût). Pour son directeur Sébastien Cartililer, cela reste «un vin assez particulier, avec des arômes caractéristiques des hybrides».
A Colombier . Les grains partiellement flétris sont récoltés en octobre à Chambleau. Débourré un an en barrique de chêne, «L'Enfant sauvage» est présenté par son producteur comme «un vin moelleux aux accords complexes et élégants, malgré une puissance peu commune.»
Quantité . Les 3000 m2 de vignes de solaris plantées depuis 2005 à Chambleau devraient produire à terme quelque 2000 litres de vin.
Point faible . Très résistant aux champignons, le solaris l'est peut-être moins que prévu à la pourriture grise, avance la station d'essais viticoles. «Nous ne pouvons pas exclure que ce cépage soit un jour sensible à une nouvelle maladie», ajoute l'encaveur Louis-Philippe Burgat «Mais nous avons décidé de prendre le risque.»