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Étienne Gernelle -Défendons le vin contre les pisse-vinaigre

Messagepar JP Nieudan » Jeu 6 Sep 2018 08:32

Comment résister aux nouveaux prohibitionnistes qui, au nom du bien et avec des arguments parfois frelatés, font le procès
du « premier verre » ?

Par étienne Gernelle

Les cochons Napoléon, Boule de Neige et Brille-Babil ont fait des petits. Ces trois personnages de « La ferme des animaux » - l'hilarante et prothétique satire du totalitarisme signée George Orwell - avaient, au moment de leur prise du pouvoir, établi « sept commandements », dont le cinquième était : « Nul animal ne boira d'alcool. »

Aujourd'hui, les nouveaux Napoléon, Boule de Neige et Brille-Babil sont réunis au sein de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), une organisation financée par des fonds publics qui sert une cause essentielle, mais déborde parfois de son cadre pour se poser en brigade de la répression du vice et de promotion de la vertu.

Ce parti du Bien jubile, ces jours-ci, car une étude publiée par la revue scientifique britannique The Lancet pointe les méfaits du « premier verre ». L'occasion est trop belle. Nos croisés prohibitionnistes se répandent dans tous les médias pour dénoncer ce fatal « premier verre », avatar hygiéniste du « péché originel ». Comprenez : la modération ne suffit pas, l'abstinence seule assure le salut. Puisque la raison est inaccessible à ces grands enfants que sont les humains, seule l'interdiction, ou tout au moins l'injonction culpabilisante, les sauvera.

Dans un élan aussi fougueux que moutonnier, nombre de médias ont repris les conclusions de l'étude sans prendre le moindre recul. Et peu importe si, comme le souligne le Pr Didier Raoult , les données de celles-ci sont affectées de biais, ou si ses conclusions sur le « premier verre » sont en partie en contradiction avec ses propres résultats. Personne, ou presque, ne prend non plus la précaution de relever que The Lancet s'est parfois fourvoyé par le passé en publiant des articles ultrapolitisés, voire carrément falsifiés (sur l'autisme par exemple).

À de rares exceptions près, aucun esprit critique ne semble devoir s'exercer en la matière. Ce qui est tragique : l'alcoolisme est un problème grave auquel la morale apporte une réponse un peu courte. Une légère pondération ne desservirait pas la cause de la lutte contre les excès.

D'évidence, la nuance n'est pas le point fort de l'Anpaa. Parmi ses arguments, celui-ci revient toujours : « Du point de vue du foie, le vin, c'est de l'alcool. » Ce qui est exact. Autant, par exemple, que d'affirmer qu'un livre, c'est du papier. Ou qu'un violoncelle, c'est de l'érable et de l'épicéa. Ce qui ferait de Flaubert et de Rostropovitch deux acteurs de la filière bois. Voire, si l'on poursuit le raisonnement, des « lobbyistes » de la déforestation. Car nos professeurs de morale n'ont de cesse d'agiter le spectre de ce qu'ils appellent le « lobby alcoolier », sous-entendant que les viticulteurs sont d'affreux cyniques cherchant à empoisonner la population pour leur profit. C'est amusant, cette histoire de lobby, reprise en chœur par Le Monde et bien d'autres journaux. Faut-il qu'il soit incompétent, ce vilain groupe de pression : bien qu'il représente plus de 500 000 emplois en France, et des exportations que seul le secteur aéronautique devance, il n'a pas réussi à empêcher notre pays de se doter d'une des législations les plus répressives au monde en la matière… La loi Evin, malgré quelques assouplissements marginaux, demeure bien en place. Qui, alors, dispose du « lobby » le plus puissant ? Certes, le président de la République, amateur, entre autres, de pinot noir, ne semble pas très sensible aux commandements hygiénistes. Il a déclaré boire du vin à midi et le soir, et être adepte de la sentence pompidolienne : « Mais arrêtez donc d'emmerder les Français ! » Puisse-t-il, en l'espèce, être suffisamment jupitérien pour résister aux pressions des Torquemada du ballon de rouge. Concernant ces derniers, même s'ils paraissent infatigables, il ne faut désespérer de rien. Dans « La ferme des animaux », Napoléon et ses amis finissent par récrire la règle, précisant sagement que « nul animal ne boira à l'excès ». Nos amis de l'Anpaa seront-ils à la hauteur des cochons d'Orwell ?

Source : http://www.lepoint.fr/editos-du-point/etienne-gernelle/etienne-gernelle-defendons-le-vin-contre-les-pisse-vinaigre-05-09-2018-2248810_782.php
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JP Nieudan
 
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