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La vigne vue par ceux qui la suivent de près.

Des innovations très terre-à-terre

Messagepar JP Nieudan » Mar 6 Mars 2012 17:36

La science s'invite dans les cultures pour dynamiser la production.

Du blanc au pays du "vin noir"

Après avoir conseillé des agriculteurs durant toute leur carrière, Claude et Lydia Bourguignon passent aux travaux pratiques dans le Lot. Ce couple d'ingénieurs agronomes, qui a quitté l'Inra pour fonder un laboratoire d'analyse des sols en Bourgogne il y a vingt ans, se prépare depuis 2006 à faire du vin du côté de Cahors. "On va faire tout ce que les autres ont peur de faire", annonce Lydia, qui a choisi ces parcelles du Quercy pour leurs similitudes géologiques avec les meilleurs terroirs bourguignons.

Avant de planter leurs vignes, les Bourguignon sont allés... à la déchetterie de Catus. Le couple a utilisé la technique du "bois raméal fragmenté", popularisé par un agriculteur quercynois, pour apporter un humus forestier sur ses terrains caillouteux. Les nouveaux vignerons ont aussi planté du seigle pour fixer l'azote et relancer l'activité bactérienne du sous-sol. Refusant d'utiliser des engins mécaniques lourds et des produits chimiques, ces agronomes qui se veulent "écologues" veulent laisser leurs ceps s'enraciner profondément à Laroque-des-Arcs. Les plants ont été mis en terre en 2008, mais ils commencent tout juste à être greffés. A cause du phylloxéra, le vignoble français a été replanté avec des souches américaines résistantes à ce puceron ravageur. Contrairement à la plupart des viticulteurs, qui achètent leurs vignes "prêtes à l'emploi" chez un pépiniériste agréé, les Bourguignon ont décidé de greffer leurs cépages directement sur le terrain.

Au mois de mai 2012, plus de 10 000 pieds de vigne doivent être greffés sur les 5 hectares de la propriété. Un travail de titan, et une nouvelle surprise au bout de l'effort. Dans ce vignoble de Cahors qui produisait un "vin noir", utilisé historiquement comme "vin médecin" au clairet de Bordeaux exporté vers l'Angleterre à l'époque de Jean-sans-Terre, les Bourguignon veulent produire... du vin blanc. Ils misent aussi sur le malbec, un cépage rouge typique de l'AOC cahors remis au goût du jour par les nouveaux producteurs d'Argentine. Mais en analysant les types d'argile de sa propriété, Lydia Bourguignon s'est persuadée que certaines parcelles seraient plus favorables à un cépage blanc. Elle s'est plongée dans les livres d'histoire pour retrouver les variétés plantées jadis. Les premières vendanges sont attendues en 2014 chez les Bourguignon du Quercy.

Les satellites dans les vignes

Près de 10 000 agriculteurs utilisent Farmstar, le service lancé il y a déjà dix ans par Astrium (groupe EADS) pour développer l'agriculture de précision par satellite dans les champs. Les ingénieurs toulousains d'Infoterra, la filiale du groupe basée à Ramonville-Saint-Agne, se sont rapprochés de l'Institut coopératif du vin (ICV), en Languedoc-Roussillon, pour adapter la technologie aux viticulteurs. Inaugurés en 2006 par une coopérative des Corbières, les outils de cartographie, baptisés OEnoview, ont aussi été testés dans de grands domaines bordelais.

Les viticulteurs les plus précis utilisaient déjà des photographies aériennes pour disposer d'une vue d'ensemble de leurs parcelles, en complément du suivi des raisins sur le terrain. L'avantage du satellite, c'est qu'il survole la Terre tous les jours par tous les temps... et peut désormais prévoir la qualité des vendanges. Grâce aux photographies en infrarouge prises depuis l'espace, les utilisateurs peuvent mesurer la chlorophylle dans les feuilles des vignes dès le mois de juillet. Les experts de l'ICV en déduisent le degré de maturité des raisins, à cette période cruciale du développement des fruits que les vignerons nomment "véraison". A la coopérative du Mont-Tauch, qui couvre 2 000 hectares dans l'appellation fitou, les cartes en couleur du logiciel OEnoview ont permis de distinguer les vignes en deux grandes catégories qui sont désormais vinifiées dans des cuves séparées. L'application a séduit le groupe Castel, qui a décidé de l'expérimenter dans deux de ses quatorze domaines bordelais. La vinification séparée y est pratiquée à la parcelle. Spot-V, qui permet de zoomer avec une meilleure résolution que le satellite taïwanais utilisé au lancement de l'application, a été mobilisé pour la circonstance.

Comme pour les grandes cultures de blé ou de colza, les satellites peuvent aussi servir d'aide à la décision pour adapter les traitements de la vigne : apports d'engrais, pesticides, voire irrigation. Ce nouveau service de la filiale d'Astrium part désormais à la conquête de nouveaux débouchés dans les pays méditerranéens.

Plus de bactéries, moins d'engrais

L'ancien domaine agricole de Clément Ader s'est "autodopé" de son plein gré l'an dernier. Des échantillons ont été prélevés en octobre 2010 à Beaumont-sur-Lèze, sur les terres qui appartenaient au début du siècle dernier à l'un des inventeurs de l'avion, pour en extraire des bactéries : les "azobacter". Ces micro-organismes ont la propriété de fixer dans le sol l'azote dont se nourrissent les plantes. Comptabilisées et répertoriées sous un microscope dans un laboratoire de biotechnologies de Labège, les bactéries ont ensuite été multipliées avant d'être restituées quelques semaines plus tard à leur terrain d'origine. Une autotransfusion, en quelque sorte, comme ces champions cyclistes qui se dopent en se réinjectant leur propre sang préalablement enrichi. L'expérience a concerné plusieurs cultures du domaine, dont les 35 hectares sont en conversion partielle à l'agriculture biologique. Une vingtaine d'autres exploitations, qui pratiquent l'agriculture conventionnelle autour de Toulouse, ont également participé à ces essais.

L'objectif affiché n'était pas de se passer totalement d'un apport extérieur d'azote pour nourrir les plantes, mais de réduire la quantité d'engrais sans sacrifier les rendements. Le bilan est techniquement positif. Il est surtout favorable sur le plan économique, selon les calculs de la société Agronutrition, qui s'apprête à commercialiser le procédé auprès des agriculteurs. Une variante citadine de cette "biodynamisation azotée" est déjà à l'oeuvre sur les pelouses de terrains de sport à Blagnac, Albi, Lavaur, etc.

Faire travailler les organismes vivants naturellement présents dans la nature est un des principes de la biodynamie, une forme d'agriculture biologique. Agronutrition a cherché à industrialiser le procédé, tout en individualisant sa mise en oeuvre : chaque client dispose de ses propres bactéries. "Nous vendons un service plus qu'un produit", dit Cédric Cabannes (photo ci-contre), le patron de cette société basée à Carbonne. L'entreprise a déposé un brevet dans le cadre d'un programme de recherche public-privé qui a mobilisé plus de 3 millions d'euros. D'autres brevets sont en cours de développement."Il y a même des bactéries qui permettent de moins irriguer", annonce Cédric Cabannes.

Stéphane Thépot
http://www.lepoint.fr/villes/des-innova ... 552_27.php
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JP Nieudan
 
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